Arnaud.A Arnaud.A

Comment Seiko est entré dans le club très fermé du chronométrage sportif

L’histoire passionnante de la façon dont Seiko a réussi à devenir chronométreur officiel des JO de 1964 à Tokyo

Aéroport de Zagreb, Septembre 1962

Masatoshi Tohyama, responsable de la section recherche et développement de Seiko est à bord d’un vol qui doit l’emmener à Belgrade. Il est attendu par la commission technique du Comité Olympique pour présenter les chronographes que Seiko a développé en vue des Jeux Olympiques d’été de 1964 qui se dérouleront à Tokyo.
La pression est énorme et une responsabilité immense lui incombe. Il se souvient encore de comment toute cette histoire à commencé.

Masatoshi Tohyama

Masatoshi Tohyama

Au printemps 1960, son collègue Saburou Inoue (haut responsable de l’entreprise) est en déplacement à Zurich lorsqu’il reçoit un télégramme de son PDG, Shoji Hattori. «Tokyo accueillera les prochains JO. Comptons être chronométreurs officiels.».
Inoue-san envoie donc un collègue observer les JO de Rome en août 1960 car il doit gérer le mécontentement des nouveaux clients Américains quant au produits Japonais nouvellement importés. Il rentre finalement au Japon dépité par les retours clients, un directeur de boutique lui ayant même crié «Et vous osez appeler ça une montre?!».

Alors qu’il retrouve son bureau après ce voyage d’affaire difficile, Shoji Hattori, le PDG lui rend visite et lui demande de but-en-blanc «Alors, est-ce que vous êtes prêts?»
Comprenant qu’il voulait parler du projet pour les JO de 64, Inoue-san lui rétorque poliment que cela ne sera pas possible... «Et pourquoi pas? Vous avez quatre ans.» lui répond son PDG. «Désolé mais c’est impossible.»
Cela suffit à faire sortir Hattori de ses gonds. «Nos montres sont maintenant assez bonnes pour que le monde entier soit au courant ! Comment ça ‘c’est impossible’ ?! Je reviens dans une semaine et vous avez intérêt à être prêt !» puis il tourne les talons et s’en va...

Saburou Inoue

Saburou Inoue

Après l’humiliation subie aux Etats-Unis, Saburou Inoue sait que Seiko n’est pas prêt à assumer une telle tache. Il imagine déjà le déluge de plaintes qui pourraient s’abattre sur l’entreprise, voir même mettre en péril le bon déroulement de ces JO, les premiers à avoir lieu en Asie. Pire encore, c’est l’image du Japon qu’il craint de couvrir de honte en cas d’échec. La pression est trop grande et quatre années ne suffisent pas à un époque où les simulations par ordinateur n’existent pas et la recherche et le développement prennent énormément de temps. La tache semble d’autant plus insurmontable que contrairement à Longines ou Omega, Seiko n’a jamais produit de chronographe spécifiques à la chronométrie sportive...

Mais Shoji Hattori en est convaincu, Seiko chronomètrera les JO de Tokyo, il le faut. Il rend donc visite toutes les semaines à Saburou Inoue pour lui poser la question fatidique «Alors, est-ce que vous êtes prêt?» jusqu’à ce qu’il accepte finalement, à contre-coeur.

CSdFlrcUEAA6uXy.jpg

Une voie grésillante se fait entendre dans les hauts-parleurs de l’avion: «Nous demandons à tous les voyageurs de bien vouloir descendre de l’avion le temps d’un ravitaillement. Vous pouvez laisser vos bagages à main à votre place.»

Masatoshi Tohyama hésite. Sa petite valise contient les 12 précieuses montres qu’il doit présenter au Comité Olympique, six chronos précis au 1/5ème de seconde et six chronos précis au 1/10ème de seconde. Le personnel de bord lui confirme qu’il peut laisser sa valise sur son siège et qu’il la retrouvera intacte après le ravitaillement. Mais horreur, lorsqu’il revient quelques minutes plus tard à sa place, la valise a disparu. Deux années entières de travail acharné de la part de centaines d’employés volatilisées en quelque secondes, tout comme la seule chance pour Seiko de chronométrer les Jeux Olympiques qui se tiendront dans son propre pays.

Alors que de grosses gouttes commencent à perler sur son front, il repense aux heures passées avec ses collègues.

Avant les JO de 1964, les chronométreurs étaient alignés sur la ligne d'arrivée et prenaient tous une mesure. Le temps officiel était calculé en faisant la moyenne des résultats obtenus. La précision des chronos Seiko permis de mettre fin à cette dr…

Avant les JO de 1964, les chronométreurs étaient alignés sur la ligne d'arrivée et prenaient tous une mesure. Le temps officiel était calculé en faisant la moyenne des résultats obtenus. La précision des chronos Seiko permis de mettre fin à cette drôle d'organisation.

Il repense à son ami ingénieur Shoichiro Komaki et à son robot déclencheur de chrono. Il l’avait utilisée pour montrer que les différences de mesure obtenues entre les différents chronométreurs d’une même épreuve n’étaient pas dues au facteur humain mais à la conception même des chronographes de l’époque. Il s’était rendu compte que même si un robot déclenchait simultanément plusieurs chronos, qu’ils soient Suisses ou Japonais, il existait une différence entre toutes les mesures, due au mécanisme de déclenchement.

Il repense à son autre ami ingénieur, Tatsuya Ishiwara, qui eut l’idée d’utiliser une came en forme de coeur pour le déclenchement et l’arrêt du chrono, supprimant ainsi les écarts de chronométrie observée entre différentes montres. Leur travail ingénieux et exemplaire avait permis, avec l’aide des dernières technologies, de créer des chronomètres d’une qualité et d’une précision exceptionnelles.

Il repense aussi aux équipes ayant travaillé d’arrache pied pour développer des chronos précis au 1/10ème et même au 1/100ème, avec des échappement galopant à 36,000 et 360,000 battements par heure. Depuis un an, les trois grandes usines de Seiko se partagent déjà le développement et la production d’énormes horloges, de chronographes à quartz, de chronographes à imprimante instantanée etc.

Mais heureusement, ces quelques minutes d’inattention à bord de l’avion n’auront couté aucun dommages à Masatoshi Tohyama et à sa maison mère, puisque sa valise sera très vite retrouvée sur le tarmac avec ses montres intactes. Plus de peur (sûrement une des plus grandes de sa vie !) que de mal. Il finira tranquillement son voyage jusqu’a Belgrade, cramponné à sa précieuse cargaison.

Extrait d’un catalogue de 1964

Extrait d’un catalogue de 1964

La veille du rendez-vous avec le Comité Olympique, le président de l’Association Japonaise des Fédérations d’Athlétisme demande à tester les montres amenées par Tohyama-san. Et là, un des six chronos aux 1/5ème montre un problème de synchronisation des aiguilles et le président de l’AJFA lui dit immédiatement que si cela se produisait demain, la réunion serait pliée en moins de temps qu’il faut pour le dire...
Tohyama-san prend donc la décision d’éliminer le chrono défectueux de sa sélection et, pour faire part égale, élimine également le chrono précis au 1/10ème dont le «tic-tac» est le plus faible. Il présentera donc dix montres au-lieu de douze au jury très exigeant qui l’attend quelques heures plus tard.

Mais les mésaventures de ce pauvre Tohyama-san ne s’arrêtent pas là...

Il apprend que ses montres passeront le lendemain entre les mains de deux experts chronométreurs réputés pour leur intransigeance, Messieurs Pain et Paulen (secrétaire et président de l’Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme) , ce dernier ayant la réputation de toujours avoir une chrono sur lui et de contester des mesures officielles quand celle-ci s’écartaient des siennes. Un sacré personnage...

Alors que notre ami ingénieur chez Seiko tente de dissimuler son stress, Monsieur Paulen commence son rituel lorsqu’il s’agit de tester un nouveau chronographe: il empoigne une montre dans chaque main et les déclenche instantanément. Après quelques secondes, il les arrête puis compare l’écart entre les deux. Il les relance ensuite avant de les arrêter au bout de quelques minutes et de comparer à nouveau. Il les laisse enfin tourner une heure et procède au dernier relevé.

Photo prise au Seiko Museum de Tokyo

Photo prise au Seiko Museum de Tokyo

Pendant ce temps, Tohyama-san présente au comité les différents modèles sur lesquels travaillent ses ingénieurs: chaque sport a droit à son modèle, que ce soit le hockey sur gazon et ses trois périodes de 35 minutes, le basketball et ses quatre quart-temps, l’aviron et son chrono qui permet de compter le nombre de coups de rame par minutes ou leur tout nouveaux chronographes à rattrapante.

Quand vient la fin de l’heure de test, Mr Paulen est sous le choc: l’écart entre les deux chronos qu’il tient est de moins de 0,1 secondes.
Tohyama-san explique donc le principe mis en oeuvre par son amis Ishiwara afin d’étancher la curiosité de Mr Paulen face à de telles montres, et celui-ci est conquis.

Le comité tranche et explique à Masatoshi Tohyama qu’ils ne donnent pas le titre de chronométreur officiel à Seiko car les Jeux sont organisés dans leur propre pays mais parce que leurs chronographes sont bien meilleurs que tous ceux qu’ils avaient vu.

STW89_zps618b7124.jpg

C’est ainsi que Masatoshi Tohyama permis de concrétiser le projet fou de Shoji Hattori et d’offrir à Seiko le titre de chronométreur officiel de Jeux Olympiques d’été à Tokyo.

Jesse Owens teste le chrono Seiko aux côtés de Shoji Hattori (gauche) et Reijiro Hattori (droite) lors d'un évènement à Tokyo en 1964 Credit: The Ohio State University Archives

Jesse Owens teste le chrono Seiko aux côtés de Shoji Hattori (gauche) et Reijiro Hattori (droite) lors d'un évènement à Tokyo en 1964
Credit: The Ohio State University Archives

Cet évènement marquant pour l’histoire de Seiko aura de nombreuses répercutions sur l’avenir de la manufacture. En effet, il s’agit du début de la très riche histoire de la chronométrie sportive pour Seiko, mais ce fut également l’occasion pour eux de sortir un grand nombre de montres d’excellente qualité, comme la première montre-bracelet avec chrono et roue à colonne du Japon, les fameux modèles mono-poussoirs Crown Chronograph (5717 et 5719) ou le graal des amateurs de chronos Seiko, le Count-Graph et son compteur de tours.

C’est également lors de cette compétition que Seiko sortit le Crystal Chronometer QC-951, qui fut utilisé pour les JO mais également des expéditions en Antarctique, pour la précision des trains à grande vitesse Japonais, des transports publiques ou pour différentes armées. Elle joua aussi un rôle clé dans le développement de la première montre à quartz commercialisée au monde, l’Astron 35SQ.

Credit: Seiko Museum

Credit: Seiko Museum

Enfin, c’est aussi pour les JO de 64 que Seiko mis au point une imprimante qui permettait d’imprimer instantanément les résultats des courses. Cette technologie fut remarqué par beaucoup et c’est de là qu’est née la marque Epson qui n’est qu’une des nombreuses divisions du groupe Seiko.

Cliquez pour faire défiler les photos

Crédit: Seiko Museum

Lire la suite
Arnaud.A Arnaud.A

Les évolutions de Grand Seiko depuis 60 ans

Comprendre comment Grand Seiko a su évoluer et se réinventer au cours des 60 dernières années peut permettre de mieux appréhender les changements actuels que traverse la marque.

Grand Seiko connait depuis quelques années un réel essor chez les amateurs d’horlogerie et ce nom n’est plus un secret pour grand monde aujourd’hui. Avec cette popularité naissante, l’histoire de la marque commence également a être contée ci et là, que ce soit par la marque ou ses amateurs.

Dernièrement, Grand Seiko a annoncé de nombreuses nouveautés qui en auront surpris plus d’un, en bien ou en mal. Afin de mieux appréhender ces grands changements, je vous propose de faire un petit saut en arrière pour de voir comment la marque a évolué au fur et à mesure de son histoire et quels sont les virages qu’elle a pris pour se réinventer au cours du temps.




18 Décembre 1960 - 24 Décembre 1969 : La naissance de l’excellence horlogère Nippone




L’idée de Grand Seiko est née à la fin des années 50, alors que Seiko s’était imposé sur le marché Japonais et dans les concours de chronométrie Nippons.

Credit image: Grand Seiko

Credit image: Grand Seiko

A l’origine, il ne s’agissait que d’une montre, mais pas n’importe laquelle: la Grand Seiko devait être la meilleure montre possible, celle qui devrait permettre aux Japonais de battre les Suisses. Les équipes qui ont travaillé sur cette montre y ont mis tout leur savoir-faire, toutes les compétences, et ce sans se soucier du prix final de la montre. Il fallait tout simplement faire la meilleure montre possible, peu importe son coût.

La résultat était une montre plaqué or (Gold Fill pour être exact) à 25,000¥, soit plus cher que les plus chères des Seiko en or 18 carats alors disponibles. Sans parler de la version en platine, au prix de 140,000¥. Pour remettre ces chiffres en perspective, le premier salaire moyen d’un diplômé d’université au Japon était d’environ 10,800¥ en 1960.

Ce qui n’était à l’origine qu’un seul modèle - la «First» puis la 57GS etc - s’est progressivement transformé en une gamme composée de plusieurs modèles. Cette gamme était construite autour de valeurs fortes: la précision, lisibilité, fiabilité, la durabilité, la praticité, la beauté... Mais la précision a toujours été la valeur centrale de Grand Seiko.

C’est avec cette ligne directrice que la gamme a évolué au fil des années 60 en innovant avec leur premier mouvement automatique dans la 62GS en 1967, avec leurs premiers mouvement Hi-Beat en 1968 dans les 45GS (manuelle), 61GS (automatique) et 19GS (pour femme).



1969 : année ... charnière



Puis en 1969, Grand Seiko sort sa première VFA ou Very Fine Adjusted, une montre donnée pour une précision de +/- 1 minute par mois, soit 2 secondes par jour. Il s’agit là d’un exploit remarquable et uniquement égalé il y a quelques années par Rolex. 

Credit Image: Grand Seiko

Credit Image: Grand Seiko

Les VFA marquent le succès de Seiko dans la manufacture des montres mécaniques les plus précises de leur époque, l’aboutissement d’un travail acharné, le sommet de ce qu’une montre mécanique peut offrir en terme de chronométrie et l’incarnation même de la valeur la plus importante de Grand Seiko: la précision.

Mais en 1969 sortira une autre montre qui fera de l’ombre à la VFA: la Seiko Astron 35SQ. Il s’agit bien évidemment de la première montre à quartz commercialisée dans le monde, et sortie le 24 Décembre 1969. Elle est donnée pour une précision de +/- 5 secondes par mois, soit 30x mieux qu’une VFA.

Credit Image: Seiko

Credit Image: Seiko

Ces deux montres remarquables, les VFA et les Astron, vont avoir un rôle crucial dans l'évolution de Grand Seiko. Que peut devenir la marque qui incarne la quête de la perfection chronométrique des montres mécaniques quand celle-ci a été atteinte avec les VFA et pulvérisée avec l’arrivée du quartz?

La marque va donc opérer un réel tournant à partir de 1970.



1970 - 1975 : le renouveau nécessaire



Les années 70 ont été un vrai tournant dans l’histoire récente de nos sociétés, un chamboulement profond à tous les niveaux et ce partout dans le monde.

A une échelle beaucoup plus humble, l’horlogerie a également connu de grands changements, entre autre avec l’introduction sur le marché par Seiko des premières montres à quartz.

C’est dans ce contexte particulier que Grand Seiko a dû se réinventer pour continuer d’exister. Là où la gamme s’étendait sur quelques modèles relativement sobres, représentant le fleuron de l’horlogerie Japonaise, les années 70 pour Grand Seiko vont voir des changements majeurs.

Credit Image: www.dcfever.com

Credit Image: www.dcfever.com

Credit Image: horlogeforum.nl

Credit Image: horlogeforum.nl

Pour commencer, Seiko va déployer son calibre 56 dans la gamme GS, avec évidemment des ajustements chronométriques à la hauteur de la marque. Le calibre 56 est le premier mouvement dont la fabrication est automatisée, ce qui réduit grandement le coût de production. C’est également un mouvement qui revient à une fréquence plus basse de 28,800 alternances par heure, considéré à l’époque comme plus durable (moins de frottements etc). Mais surtout, c’est un mouvement automatique beaucoup plus fin que ceux conçus jusqu’à présent. Il s’agira du dernier nouveau mouvement pour GS, qui se concentrera désormais sur l’habillage plus que sur la technique horlogère.

On voit donc beaucoup de changements esthétiques. D’un point de vue du design, Grand Seiko va proposer un florilège de déclinaisons, de couleurs, de cadrans et de boitier texturés. La Grammaire du Design évolue et est appliquée à des designs plus modernes, plus originaux, plus «funky».

Je n’irais pas jusqu’à parler d’une démocratisation de Grand Seiko, mais on sent clairement qu’une nouvelle dynamique est mise en place pour GS et les prix sont revus clairement à la baisse. 

Le quartz est devenu le nouveau fleuron de l’horlogerie Japonaise et les montres mécaniques passent au second plan. Au point qu’en 1975, la gamme Grand Seiko est tout bonnement arrêtée au profit du quartz qui est le nouveau haut de gamme. C’est la fin d’une période, c’est la fin de l’excellence mécanique de Grand Seiko.



1988 : un retour inattendu



Après 13 années de sommeil, Grand Seiko sera ressuscité de la manière la plus inattendue possible: avec du quartz !

Credit Image: Grand Seiko

Credit Image: Grand Seiko

Cette technologie même qui a causé la disparition de Grand Seiko en milieu des années 70 va permettre la renaissance de la gamme à la fin des années 80, d’abord avec les calibres 8N, 95 puis le fameux 9F.

Pendant 10 ans, Grand Seiko va produire quelques modèles en acier et en or, en restant dans des designs sobres et classiques, inspirés des grandes heures de la gamme.
Cette période reste malgré tout difficile pour Seiko qui se développe énormément sur l’entrée de gamme mais qui peine à retrouver le succès des années 60 et 70.


Il faudra attendre 10 ans avant de voir enfin un mouvement mécanique à nouveau dans une Grand Seiko.



1998 - 2017 : le début d’une nouvelle ère



Avec la sortie en 1998 du calibre 9S, c’est un nouveau souffle qui s’empare de Grand Seiko. Alors que les montres mécaniques font leur retour sur le devant de la scène horlogère, c’est sous la direction d’Akira Ohira que GS va retrouver ses lettres de noblesses avec la création d’un nouveau calibre d’exception, inspiré des meilleurs mouvements Seiko des années 70, et plus particulièrement le calibre 52.

Après des débuts timides à la fin des années 80, GS va peu à peu redorer son blason et retrouver ses lettres de noblesse. 

Credit Image: Grand Seiko

Credit Image: Grand Seiko

L’innovation sera au rendez-vous avec de nombreux nouveaux mouvements, parmi lesquels un mouvement automatique avec 3 jours de réserve de marche, une version manuelle, une version GMT, un tout nouveau mouvement Hi Beat et Hi Beat GMT, le fameux Spring Drive ainsi que ses versions GMT et/ou chronographe etc.

Le design est au rendez-vous avec des versions modernisées de la Grammaire du Design, des designs puisés dans la riche histoire de la marque, de fabuleux cadrans texturés, des finitions exceptionnelles. Petit à petit, le secret bien gardé de l’excellence de GS dépasse les frontières du Japon puis de l’Asie, entre autre grâce à l’ouverture de la première boutique Seiko au monde à Paris.

Credit Image: GNKT Blogspot

Credit Image: GNKT Blogspot


En 2014, Grand Seiko remporte le Prix de la Petite Aiguille au Grand Prix d’Horlogerie de Genève, une étape marquante dans la popularisation de la marque à l’international.

Après l’âge d’or de GS dans les années 60, nous assistons ici au nouvel âge d’or de GS à l’ère moderne.


2017 - 2020 : un nouveau virage pour Grand Seiko



Credit Image: ABlogToWatch

Credit Image: ABlogToWatch

En 2017, Grand Seiko prend un virage significatif en décidant de s’ouvrir officiellement au marché international et de devenir indépendant de Seiko, bien que toujours rattachée au groupe éponyme. Cela se matérialisera dans un premier temps par la disparition du logo SEIKO sur les cadrans au profit du logo GS à 12h.

Ce qui pouvait sembler dans un premier temps n’être qu’un simple geste marketing aura des conséquences claires dans les mois et les années qui suivent et je pense que nous n’avons pas encore tout vu à l’heure actuelle. Grand Seiko se structure progressivement, ouvre des boutiques en nom propre aux quatre coins du globe, ouvre des succursales indépendantes avec de nouvelle équipes en charge de la marque.

Dans les produits, on voit également une volonté de s’ouvrir et de s’adapter aux goûts des clients occidentaux. Petit à petit, on sent que Grand Seiko écoute ce qu’attendent les clients avec des montres plus adaptées à la demande, avec des diamètres plus généreux, des couleurs plus marquées, des textures plus visibles, la mise en avant du savoir-faire Japonais, le tout pour répondre à ceux qui trouvaient les Grand Seiko trop froides ou chirurgicales. Mais on voit également apparaître des montres plus fines, de nouveaux mouvements, beaucoup de nouveautés très variées…

Cela s’accompagne également d’une nouvelle politique très claire: positionner Grand Seiko sur un segment plus élevé, globalement autour des 10 000€ et beaucoup plus haut.

Et je pense que 2020 sera sans aucun doute l’année qui reflètera le plus clairement cette nouvelle stratégie, à l’orée des 60 ans de la marque.

Grand Seiko a déjà annoncé quelques nouveautés, et pas des moindres: deux nouveaux mouvements entièrement revus de A à Z, de nouvelles pièces du Micro Artist Studio qui pulvérisent les prix plafonds constatés jusqu’à présent chez Grand Seiko (dont une montre mécanique, une première pour le MAS) et un tout nouvel atelier d’assemblage pour les Grand Seiko mécaniques à Shizukuishi. Et quelque chose me dit qu’on n’est pas au bout de nos surprises... 

2020, c’est également l’année de lancement de Grand Seiko Europe, un succursale indépendante qui chapeautera tout ce qui touche à Grand Seiko en Europe continentale. Et c’est également l’équipe de GS Europe, dirigée par Frédéric Bondoux sous la houlette d’Akio Naito, qui sera en charge de la nouvelle boutique située Place Vendôme.



Où va GS maintenant?



Le nouveau Grand Seiko Studio de Shizukuishi - Credit Image: Fratello Watches

Le nouveau Grand Seiko Studio de Shizukuishi - Credit Image: Fratello Watches

Il est encore tôt pour tirer des conclusions sur tout ça, mais il me semble important de rappeler que Grand Seiko a connu différentes ères dans son histoire, que les valeurs chères à cette marque ont su être déclinées de différentes façon tout en gardant une certaines fidélité à l’esprit d’origine. Et il me semble essentiel qu’une marque puisse évoluer et s’adapter aux changements du marché, de la société, des pratiques etc.

Je fais partie de ceux qui ont connu Grand Seiko dans ses heures de gloires au début des années 2010, avec la naissance des 44GS modernes, la popularisation difficile du Spring Drive, le GPHG de 2014 etc. Et il est clair que cette période est aujourd’hui révolue. Comme je l’ai déjà dit ailleurs, c’est un peu comme voir son groupe de rock indie préféré passer des petites salles intimes aux plus grands festivals, devenir disque d’or et «commercial». Et nombreux sont ceux qui n’approuvent pas cette nouvelle politique, que ce soit parmi les fans des premières heures ou les plus récents convertis.

Les designs plus flashy et les montres très ornementées ne sont pas ma tasse de thé, ou du moins ne rentrent pas dans la représentation que je me fais de Grand Seiko. J’ai l’impression que la marque s’efforce de plaire aux gros acheteurs du Moyen Orient et de Chine, en perdant quelque peu la sobriété toute Nippone qui m’était si chère. C’est un choix politique tout à fait logique et la direction que prend la marque est claire: vendre moins de pièces, mais à un prix plus élevé. Et c’est peut être ce qui me dérange le plus.

Là où la Grand Seiko First de 1960 coûtait cher parce qu’elle représentait l’excellence du savoir-faire de la marque, j’ai l’impression que les derniers modèles présentés coûtent cher pour des raisons uniquement politiques. Et après tout, on ne peut pas leur en vouloir pour ça, le Seiko Group est bien là pour générer du bénéfice avant tout. Mais il y a une grande différence entre faire une montre chère parce qu’elle est excellente, et concevoir une montre pour qu’elle soit chère.

Credit Image: WatchesBySJX

Credit Image: WatchesBySJX

Mais malgré toutes ces critiques, il y a du positif: Grand Seiko continue d’innover avec ses deux nouveaux mouvements 9SA5 et 9RA5 qui apportent chacun leurs lots d’innovations et d’améliorations. Ce sont également des mouvements plus fins, ce qui est une excellente nouvelle. On voit également que Grand Seiko adapte ses infrastructures pour répondre à la demande croissante et c’est peut être la meilleure nouvelle de cette année 2020 pour GS. C’est une critique qui était souvent faite depuis l’ouverture de la marque au marché international. Compte tenu de la production quasi-artisanale de la marque, il semblait difficile de maintenir la qualité tout en augmentant la production sans avoir à pousser les murs. Il faut maintenant espérer que la formation des horlogers GS de demain et des centres de SAV suive la même dynamique. 

Reste également à savoir comment seront positionnées les montres équipées du 9SA5 et 9RA5 dans les prochaines années. Je pense que pour l’instant, GS gardera les mouvements actuels dans les gammes de prix que l’on connait, et les nouveaux mouvements dans des montres autour des 10 000€. Puis petit à petit, les anciens mouvements seront remplacés par de nouveaux pour recentrer la marque vers ce qu’elle avait annoncé, tout en gardant des modèles plus abordables autour des 3000/7000€ comme c’est actuellement le cas.



Conclusion


On voit donc qu’au cours des 60 dernières années, Grand Seiko a su évoluer, s’adapter, se transformer tout en restant fidèle à ses valeurs d’origine. Je reste persuadé que malgré les transformations progressives de ces dernières années, Grand Seiko continuera de proposer des montres fabuleuses dans des budgets plus humains et même si je ne suis peut être plus dans le coeur de cible de la marque, je suis quand même curieux et excité de voir où cette nouvelle dynamique va nous amener et ce que nous réserve cette nouvelle ère pour GS. Parce que malgré tout, Grand Seiko restera toujours une marque très chère… à mon coeur !













Lire la suite
Arnaud.A Arnaud.A

L'esthétique Japonaise et la nature du temps

La nature fugace du temps qui s’écoule inexorablement, le flot constant du temps qui passe. Ou comment la culture Japonaise et le Bouddhisme se reflète parfaitement dans Grand Seiko et le Spring Drive.

Pour comprendre Grand Seiko, il faut s'imprégner du Japon et accepter d’enlever nos lunettes d’occidentaux pour essayer de regarder ces petits objets à travers le spectre de la culture Nippone. Et seulement à ce moment-là, on peut commencer à vraiment saisir l’essence de cette marque.

Donc aujourd’hui je vous propose de voyager à environ 9500km d’ici pour plonger dans la culture Japonaise et essayer d’en comprendre quelques bribes. C’est une culture riche et complexe, en perpétuelle évolution et je ne prétends absolument pas la connaître et la comprendre. Mais je vous propose d’essayer de nous pencher sur quelques facettes importantes de cette culture qui sont intimement liées et qui habitent totalement la production de Grand Seiko: celle de la contemplation de la nature, et celle du rapport qu’entretiennent les Japonais avec le temps, ce qui nous amènera, je l’espère, à mieux apprécier l’idée de “Nature of Time” incarné par le Spring Drive.

nature of time.jpg

Mais avant de parler de la nature et du temps, il me semble important d’avoir quelques notions sur l’esthétique Japonaise...

 

L’esthétique Japonaise, à la croisée des religions et de la culture

Grand Seiko trouve ses racines dans la culture Nippone et il en découle une approche de l’horlogerie qui ne s’est pas construite sur les mêmes bases que l’horlogerie occidentale.

JAPON1.jpg

Le fameux Bouddha de Kamakura

La grande différence culturelle que nous avons avec le Japon s’explique majoritairement par des différences de religion: là où les pays occidentaux sont majoritairement construits sur des bases judéo-chrétiennes, le Japon s’est construit une culture autour de deux religions: le shintoïsme, la religion propre au Japon, et le bouddhisme arrivé au Japon au Vème siécle.

La différence est de taille et tient une place centrale dans la compréhension des spécificités de la culture Japonaise, plus particulièrement dans ce qui nous intéresse aujourd’hui: l’esthétique.

nombre d'or.jpg

Le nombre d’or, ou proportion divine, symbole de l’esthétique occidentale.

La sensibilité esthétique Japonaise est profondément influencée par le bouddhisme et la notion de beau prend un sens différent de celui qu’il pourrait avoir dans une culture aux racines judéo-chrétiennes. Là où la culture chrétienne va valoriser la perfection et promettre le vie éternelle par l’accession au paradis, une culture basée sur le bouddhisme (et donc sur la réincarnation) va valoriser tout ce qui se rapporte à l’aspect éphémère de la vie et de ses perpétuels recommencements. Ainsi, tout ce qui a trait aux cycles de la vie et à cette immuable force qu’est le cours du temps revêt une importance toute particulière et transmet des émotions considérées plus profondes que celles générées par l’équilibre, la symétrie, la perfection, en un mot la beauté telle que nous la concevons en tant qu’occidentaux.

Le shintoïsme quant à lui est une religion animiste où chaque plante, rocher, rivière ou animal a une divinité qui réside en lui, ce qui place donc la nature au centre de la vie.

Le fameux torii de Miyajima qui marque l’entrée sur l’île sacrée où les cerfs se baladent en liberté

Le fameux torii de Miyajima qui marque l’entrée sur l’île sacrée où les cerfs se baladent en liberté

 
« Indéfiniment coule l’eau du fleuve qui va, et ce n’est plus la même. L’écume flottant où s’allentit le courant se défait ou s’assemble, on ne l’a jamais vu s’arrêter longtemps. Ainsi sont l’homme et ses demeures dans ce bas monde. »
— Notes de ma cabane de moine, Kamo no Chōmei
1230x795_px_Fall_forest_landscape_leaves_Long_Exposure_nature_photography-1001275.jpg
 

On comprend donc déjà rapidement au travers de ces quelques idées que les notions de temps et de nature sont au coeur de la culture et de l’esthétique Japonaises, et sont considérés toujours en mouvement.

Simplicité et évocation du temps qui passe sont à la base du concept de la beauté zen.

 

Quelques concepts esthétiques Japonais

Il existe de nombreux concepts propres à l’esthétique Japonaise, qui sont utilisés dans les arts mais aussi en architecture et dans de nombreuses autres facettes de la culture nippone.
Je vous propose d’en découvrir trois essentiels afin de mieux comprendre la sensibilité Japonaise.

Ces concepts n’ont pas d’équivalent en français, nous utiliserons donc leurs noms originaux. 


Wabi Sabi

Ce concept tire son sens de deux notions complémentaires.

La première, wabi, est un processus interne de recherche de la beauté et de l’épanouissement à partir du manque.

La seconde, sabi, est la grâce trouvée dans le déclin et la décadence causés par le passage du temps.

Ensemble, ces notions forment un état d’acceptation de l’aspect éphémère de la condition terrestre, célébrant son caractère changeant et honorant chaque fissure et chaque marque tendrement laissée par l’usage et le temps.

Symbole d’une conscience esthétique mariée aux sentiments de sérénité et de perte, wabi sabi est parfaitement illustré dans la sublime simplicité des jardins japonais.

 
Le jardin du chateau de Nijo, à Kyoto

Le jardin du chateau de Nijo, à Kyoto

 

La beauté resplendit dans ce qui est fragile et imparfait.

Le wabi sabi implique également une forme d’austérité et de mélancolie mélangées.


Shibui

Un objet shibui exprime sa beauté en toute discrétion, il semble simple en apparence mais se révèle plus complexe et raffiné quand on s’en rapproche, que ce soit par des petits détails ou une texture qui s’équilibrent avec l'apparente simplicité. Il a été conçu avec cœur, à la main, il se bonifie avec l’âge et l’usage, sans souffrir de la mode. On ne se lasse pas des objets shibui, leur apparente simplicité révélant progressivement des nuances subtiles, qui continuent à évoluer au fil des années.

Comment ne pas passer à GS à l’évocation de ces quelques lignes?

Comment ne pas passer à GS à l’évocation de ces quelques lignes?

Les 7 caractéristiques de shibui:

Un objet shuibui est simple, implicite, modeste, naturel, c’est un objet de la vie de tous les jours, imparfait et silencieux.


Yugen

Cette notion est peut-être la plus compréhensible pour nous occidentaux. Ce terme pourrait être traduit par la beauté mystérieuse et le charme subtil.

mt-fuji-2232246_1920.jpg

Il ne s’agit pas de faire appel à l’imaginaire ni de décrire la réalité concrète, mais de percevoir le monde comme doté d’une profondeur implicite. C’est la grâce du non-dit, du suggéré et du secret.

En laissant le mystère et l’imagination se mêler, cette image véhicule plus d’émotions. 

yugen.jpg

Les jeux d’ombres et de lumière peuvent également exprimer le yugen et créer une atmosphère particulière. Yugen pousse à regarder au-delà de ce qui est visible.

ukiyo e.jpg

Le yugen peut aussi être rapproché du kanso, le fait de voir la beauté dans les choses épurées et sobres.

 
« Dans le vieil étang
Une grenouille qui plonge
Le bruit de l’eau »
ukiyo e frog.jpg
 

La nature et le temps

Les Japonais sont connus pour avoir une culture traditionnelle qui pousse à la contemplation, on s’en rend compte lorsqu’on visite des jardins, de temples ou des sanctuaires, mais également dans différentes facettes des arts Japonais traditionnels.

wave.jpg

La Grande Vague de Kanagawa - Hokusai

On peut mettre ça directement en lien avec la nature et l’environnement au Japon qui sont rudes, les tremblements de terre, les tsunami, les volcans etc. Face à l’impossibilité de dompter la nature qui les entoure, les Japonais ont développé dans leur culture cette dimension contemplative, soit de la nature à l’état sauvage, soit dans la reproduction de la nature dans une univers maitrisé.


Ce sont ces idées qui sont à l’origine des bonsai, une forme d’art qui consiste à exprimer les éléments de la nature et du temps qui passe au travers de la miniaturisation d’un arbre, les bonkei, qui s’en rapprochent mais où cette fois-ci on représente un paysage, ou l’ikebana, l’art traditionnel de l’arrangement floral.


Les jardins zen sont également un aspect important de la culture Japonaise, qui sont des représentations maîtrisées de la nature et qui poussent à la méditation par leur beauté austère, ainsi que par l’aspect solennel et la profondeur des sentiments qu’ils provoquent chez les Japonais. Le passage du temps est également important dans ces jardins qui sont conçus pour présenter des visages différents au cours des saisons.

 

On pourrait également citer hanami, cette grande fête printanière où des millions de Japonais se retrouvent dans les parcs pour manger et boire en observant les cerisiers en fleur. Hanami signifie littéralement «regarder les fleurs», mais on retrouve également le même type d'événement à l’automne pour observer la lune ou l’hiver pour observer la neige.

 

Et on se rend compte à nouveau au travers de ces exemples qu’il est presque impossible de dissocier la nature de l’idée du temps qui passe. Rien n’est figé et la nature ne s’apprécie que parce qu’elle est le reflet de l’essence évanescente même du temps.

En effet, au Japon les cerisiers sont particulièrement appréciés car aussitôt qu’ils sont en fleurs, un simple coup de vent suffit à faire s’envoler les pétales, soulignant la fragilité de la vie et le caractère immuable du temps qui passe…

Le fameux Sakura Fubuki, ou la tempête de cerisiers, un phénomène sublime à expérimenter au moins une fois dans sa vie…

Cette appréciation se voit également dans des choses plus subtiles. On peut prendre exemple sur les momiji, les érables du Japon qui rougissent en automne. Bien que leur couleur soit magnifique, on considère que le plus beau moment, c’est quand certaines feuilles sont encore vertes, ce qui souligne la notion que l’automne n’est pas un moment figé dans le temps, mais au contraire la transition entre l’été et l’hiver, et le vert de ces quelques branches inspire cette idée du temps qui passe.

momiji.jpg
 

Cette sensibilité pour le temps qui passe est aussi illustrée dans d’autres aspects de la vie de tous les jours au Japon. Les kimono, par exemple, arborent des motifs qui évoquent toujours la nature et la façon dont elle reflète le passage du temps. Cette idée est également le concept central derrière la cuisine kaiseki, la haute gastronomie Japonaise typique de Kyoto. Au travers du choix des produits, des techniques de cuisine, de la vaisselle et de la décoration, vous voyagerez au travers des saveurs, de la nature Japonaise et des saisons.

 

D’une manière plus subtile, cette notion du temps qui passe joue également un rôle central dans l’appréciation des mouvements et des gestes.

« Il convient d’être complètement présent dans chaque geste : se concentrer ici et maintenant, telle est la leçon du Zen. »
— Taisen Deshimaru

Cette sensibilité se retrouve dans la façon de marcher des Geisha ainsi que dans leur danses.

Elle joue aussi un rôle central dans la cérémonie du thé, dont les pratiquants estiment que le thé sera meilleur s’il est préparé avec grâce et élégance.

On retrouve cette idée aussi dans la calligraphie, où lorsque l’esprit se vide, la pureté du geste donne toute sa beauté à l’exercice.

 

Il ne sera donc pas étonnant de voir des horlogers Grand Seiko évoquer les mêmes idées, comme Yoshifusa Nakazawa du MAS, qui dit

« En fin de compte, je pense qu’assembler une montre de la façon la plus simple et la plus efficiente possible est la chose la plus importante pour que le résultat soit beau. »
— Yoshifusa Nakazawa
 

Le Spring Drive, incarnation d’une sensibilité esthétique Japonaise

On retrouve donc toutes ces notions que nous avons évoquées depuis tout à l’heure, incarnées par le fameux mouvement Spring Drive et son aiguille qui glisse silencieusement sur le cadran, sans à coups.

L’idée a été illustré par Yuji Hamada pour le 55ème anniversaire de Grand Seiko et on la retrouve également dans différentes vidéos produites par la marque.

En jouant avec la lumière, Yuji Hamada exprime la façon dont le quartz 9F et le Spring Drive 9R incarnent deux illustration du temps qui passe: là où le 9F marque avec précision extrême chaque seconde, le Spring Drive glisse parfaitement sur le cadran, évoquant la nature même du temps.

 

Elle a ensuite été reprise dans différents spots publicitaires puis dans la fameuse exposition “Nature of Time” qui a voyagé partout dans le monde, de Tokyo à Milan.

Cette dernière vidéo me semble être la parfaite illustration du concept philosophique du Spring Drive.

 

Yoshifusa Nakazawa, maître horloger du Micro Artist Studio, disait également ceci au sujet du Spring Drive:

« Je pense que c’est quelque chose de très Japonais que d’associer le silence d’un mouvement avec la façon dont les choses bougent dans la nature. Je pense que c’est l’idée même du Spring Drive. C’est comme pouvoir expérimenter le flot lent et naturel du temps qui passe, je pense que c’est ce qui en fait une montre très Japonaise. »
— Yoshifusa Nakazawa
 

Le Spring Drive est donc un mouvement à part, que ce soit d’un point de vue technique, mais aussi car il évoque à lui seul toute la sensibilité Japonaise.


Nous avons évoqué des concepts qui incarnent une beauté Japonaise, une beauté épurée, subtile, mystérieuse, mélancolique, simple, imparfaite, asymétrique…

Et une des incarnation de ces idées est le “enso” ou le cercle zen. Loin du cercle des mathématiciens, dans le Zen, il représente à la fois l’univers et l’éveil spirituel.

enso-featured.png

Un grand sage Japonais, Maitre Sekito, a dit un jour “Même si le lieu de méditation est exigu, il renferme l'Univers”.

Et je pense que ces montres que nous apprécions tous autant, ces petits cercles, renferment également un univers, un univers passionnant et particulier, profondément infusé de cette sensibilité Japonaises.

Au final, porter un Spring Drive, c’est avoir un jardin zen au poignet, c’est l’évocation de la nature immuable du temps qui passe, c’est un peu de poésie et de philosophie, c’est une invitation à la méditation. En un mot avoir un Spring Drive au poignet, c’est emporter un peu de Japon avec soi.

Lire la suite
Arnaud.A Arnaud.A

Morioka, à l'origine des Grand Seiko mécaniques modernes

Découvrez l’histoire et la culture de la ville de Morioka, capitale de la préfecture d’Iwate et lieu de manufacture des Grand Seiko mécaniques.

Je vous invite à découvrir Morioka, la capitale de la préfecture d’Iwate, où sont manufacturées les Grand Seiko mécaniques.

La préfecture d’Iwate est une des six préfectures de la région du Tōhoku qui se situe au nord-est de l’île de Honshu, l’île principale du Japon. Il s’agit d’une région rurale et montagneuse, malheureusement connue pour avoir été touchée par le terrible séisme ayant eu lieu au large de ses côtes, suivi du terrible tsunami s’étant abattu sur Fukushima.

Mais c’est également une région connue pour ses chutes de neiges parmi les plus importantes du monde, ainsi que pour ses sources chaudes. Sa nature sauvage ainsi que son artisanat développé et sa riche histoire font de cette région une destination très intéressante pour découvrir une autre facette du Japon, accessible facilement par le Shinkansen depuis Tokyo.

morioka.jpg

La préfecture et son chef-lieu sont dominés par l’imposant Mont Iwate, une autre source d’inspiration pour Grand Seiko dont nous reparlerons dans un article dédié.

Mais cette ville est également connue pour être berceau du Shizukuishi Watch Studio où sont assemblées les Grand Seiko et Credor mécaniques. Shizukuishi est une petite ville de la banlieue de Morioka de 17 000 habitants, connue surtout pour sa station de ski, sauf pour les amateurs de GS !

Je vous propose donc de découvrir la ville de Morioka au travers de son fameux festival d’été, d’une attraction purement Japonaise, d’une spécialité gastronomique et de son village d’artisans.

Sansa Odori

L’été au Japon est synonyme de festival ou matsuri en Japonais. La ville de Morioka organise le festival Sansa Odori, un des cinq grands festivals de la région d’Iwate, qui se déroule du 1er au 4 Août chaque année.

Il y a de nombreuses années, un démon - ou oni en Japonais - du nom de Rasetsu terrorisait les gens de la région de Morioka. Désemparés par la situations, les habitants s’en remirent à une divinité locale, Mitsuishi-kami (kami signifiant dieu en Japonais) en le priant pour qu’il les libère de ce démon. Mitsuishi-kami fit porter serment à Rasetsu de laisser les habitants tranquilles et il laissa pour preuve une empreinte de sa main sur un des rochers du Sanctuaire de Mitsuishi.

Les rochers du Sanctuaire Mitsuishi

Les rochers du Sanctuaire Mitsuishi

Les villageois furent si heureux qu’ils se mirent à danser en chantant “Sansa ! Sansa !”. C’est de là que vient le festival Sansa Odori et ses danses traditionnelles. C’est également cette légende qui donna son nom à la préfecture d’Iwate ou 岩手, dont le nom est composé des kanji 岩 pour la pierre et 手 pour la main.

Aujourd’hui, Sansa Odori est surtout connu pour être le plus grand festival de Taiko, les tambours traditionnels Japonais, et même le plus grand rassemblement de percussions au monde, avec 3 437 tambours réunis lors du matsuri de 2014.

Chaque année, plus de 10 000 danseurs et percussionnistes défilent dans les rues de Morioka et les passants peuvent même prendre part au défilé et aux danses traditionnelles.


Ishiwari Zakura

石割桜 ou Ishiwarizakura est une autre des attractions de Morioka. Il s’agit d’un symbole très fort pour les Japonais qui passent devant le tribunal de Morioka, puisqu’il s’agit d’un cerisier vieux de 360 ans, qui a poussé en fendant en deux un énorme rocher. Son nom en Japonais signifie tout simplement “Le cerisier briseur de rocher”.

Le cerisier étant un des symboles les plus importants du Japon et les Japonais étant réputés pour leur fierté et leur détermination - des valeurs issus du Bushido, la voie du guerrier - il est facile de voir comment ce cerisier briseur de roc est un symbole très important pour eux.


Wankosoba

Tout comme la France, chaque région du Japon possède ses spécialités culinaires. Bien que la région du Tōhoku soit connue pour le saké produit à partir de son eau particulièrement pure, la ville de Morioka est plus particulièrement connue pour un type particulier de nouilles.

Les soba sont des nouilles de sarrasin qui peuvent être mangées chaudes ou froides. A l’instar des pâtes Italiennes, il existe de nombreuses spécialités à base de soba. Ce qui fait la spécificité des wankosoba n’est pas la recette de ces nouilles, mais la façon de les manger.

Lorsqu’on s’assied dans un restaurant de wankosoba dans les rues de Morioka, on ne s’apprête pas à manger un repas comme les autres, mais on s’engage dans un défi à part entière, un défi être vous et votre serveuse. Les nouilles sont servies dans des petits bols qui ne contiennent pas plus d’une bouchée de nouille, mais dès que votre bol est vide, votre serveuse le re-rempli immédiatement avec le contenu d’un autre bol. Le but du jeu est de manger le plus de bols possible. Une fois votre estomac bien rempli, un deuxième défi vous attend: il faut réussir à couvrir votre bol avec son couvercle avant que la serveuse ne le remplisse à nouveau ! En moyenne, un adulte mange sans soucis entre 50 et 60 bols. Pour les plus affamés, le record à battre est de…570 bols !!!

Ichiban Japan, Youtuber Français expatrié au Japon, emmène Julien Fontanier, professeur de Japonais, à la découverte du Tōhoku. On les retrouve à partir de 14:46 dans un restaurant de wankosoba.

Tetsukuri Mura

Enfin, la région d’Iwate est connue pour ses différents artisanats, comme la laque Urushi ou les Iwashu, les théières en fonte Nambu Tekki, Nambu étant l’ancien nom de la région.

Seiko et Grand Seiko ne s’y sont pas trompés en développant des cadrans en laque urushi, puisque celle-ci est un des symboles très forts de la région.

Afin de mettre en avant les différents artisanats locaux et pour dynamiser le tourisme dans cette région sinistrée il y a peu, la ville a ouvert le Village de l’Artisanat de Morioka où l’on peut découvrir une quinzaine de spécialités et même s’y essayer soi-même. Ce lieu permettant de découvrir le travail d’artistes locaux se situe à seulement 1km de fameux Shizukuishi Watch Studio.



Pour comprendre l’inspiration des équipes qui créent les Grand Seiko mécaniques que nous aimons tant, il est important de connaitre et comprendre d’où ils viennent et ce qui les entoure. La région du Tōhoku développe particulièrement son tourisme afin de relancer son économie après le tragique tremblement de terre de 2011, c’est donc l’occasion de découvrir la culture et l’histoire locale afin de découvrir une facette très différente du Japon, hors des sentiers battus. En découvrant Morioka, on comprends mieux l’approche de l’horlogerie que développent les artisans du Shizukuishi Watch Studio et leurs diverses sources d’inspiration, elles aussi hors des sentiers battus. Alors si vous avez l’occasion, n’hésitez pas à découvrir cette magnifique région du Japon et qui sait, vous pourriez même y trouver quelques montres…

iwate.jpg
Lire la suite
Arnaud.A Arnaud.A

La fierté de Shinshu

Les artisans de Seiko Epson se sont inspirés de l’histoire et de la culture locale pour créer un cadran fabuleux qui fait leur fierté et rend hommage à la région.

epson.jpg
 
pref.gif

Anciennement connu sous le nom de Suwa Seikosha, Seiko Epson est installé dans la région de Matsumoto dans la préfecture de Nagano, au centre de Honshu, l’île principale du Japon. La petite ville de Shiojiri abrite la manufacture des Grand Seiko équipées des mouvements Spring Drive 9R et Quartz 9F. Le nom de la ville signifie littéralement “les fesses du sel” car elle se situait historiquement à la fin de la route du sel, qui amenait l’or blanc aux villes montagneuses depuis la Mer du Japon. Plus au Nord de Shiojiri, le sel provenait plutôt du Pacifique, l’accès étant plus simple par les routes arrivant du Nord, évitant de traverser les montagnes entourant Shiojiri.

Shiojiri

Shiojiri

Le studio où sont assemblées les Grand Seiko équipées du 9F et du 9R porte le nom de Shinshū Watch Studio. Shinshū est l’ancien nom de la préfecture de Nagano. Il s’agit en fait de l’abréviation du nom complet de la préfecture de Shinano. L’Université de Matsumoto porte d’ailleurs le nom de Shinshū University.

Le Shinshū Watch Studio - Credit Deployante.com

Le Shinshū Watch Studio - Credit Deployante.com

Le nom du studio où sont assemblées ces GS est donc déjà un hommage à l’histoire locale en lui-même.

Lorsque Grand Seiko sort en 2004 ses premiers modèles équipés du fabuleux mouvement Spring Drive, trois modèles sont annoncés, les SBGA001, 003 et 005. La SBGA005 était une édition limitée et comme toutes les LE (Limited Edition), elle a un petit quelque chose de plus qui lui vaudra d’avoir droit à son propre article.

Aujourd’hui, nous nous pencherons plus en détail sur la SBGA001, devenue dernièrement SBGA201.

Le Spring Drive étant unique au Shinshū Watch Studio, les équipes de Seiko Epson ont pensé à rendre hommage à la culture locale avec cette montre historique, puisqu’il s’agit de la première Grand Seiko équipée du Spring Drive.

Pour comprendre, il faut se rendre à 10 kilomètres au sud de Seiko Epson, dans la ville d’Okaya au bord du lac Suwa, pour y trouver le Musée de la Soie.

En effet, Okaya était par le passé la capitale Japonaise de la sériculture (culture des vers à soie) et de la soierie en général, grâce à l’eau du lac Suwa et à la quantité importante des mûriers qui poussent dans la région. Il y a cent ans, le Japon produisait 80% de la soie grège (soie à l’état brut) au monde et la soierie représentait la moitié des exportations du pays, ce qui laisse entrevoir l’importance de cet artisanat dans la culture locale.

Les équipes du Shinshū Watch Studio ont donc réussi à concevoir un cadran somptueux qui fait leur fierté, en rendant hommage à un art propre à la région, à sa culture et à son histoire. Il faut voir ces cadrans de ses propres yeux pour apprécier la texture soyeuse et les reflets magnifiques qu’ils proposent, vous vous retrouverez alors directement propulsé à Okaya, aux-côtés d’une mamie en train de filer la soie pour produire un magnifique kimono.

Ces cadrans sont faits à la main, un par un, par une petite poignée d’opératrices dont la finesse des gestes se retrouve dans le délicat soleillage des cadrans. Il faut compter pas moins de 11 étapes pour concevoir ces petits chez d’oeuvres soyeux, entre les différentes étapes de poli miroir, de soleillage, de plaquage etc. Ils demandent plus d’étapes de fabrication que le fameux cadran Snowflake, un autre symbole du Shinshū Watch Studio !

Vous pouvez aujourd’hui profiter de cette fierté de Shiojiri sur de nombreuses références. Et vous savez maintenant qu’il ne s’agit donc pas de cadrans champagne mais de cadrans soie, façon Okaya !

Lire la suite