SLGH002: la montre d'une nouvelle ère
Avec la sortie de la SGLH002 et de son tout nouveau calibre 9SA5, Grand Seiko signe son entrée dans une nouvelle ère. Je vous propose donc une analyse en profondeur de ce que représente cette montre, son inspiration, son design, son mouvement et ce qu’elle laisse entrevoir de l’avenir de la marque.
Pour Grand Seiko, 2020 est une année clé puisque nous fêtons deux anniversaires: les 60 ans de Grand Seiko, et le 160ème anniversaire de la naissance de Kintaro Hattori, le fondateur de Seiko.
Comme le précise Shinji Hattori dans son dernier communiqué vidéo, 60 est un chiffre significatif dans l’horlogerie, mais il l’est encore plus dans la culture Japonaise. En effet, selon le zodiac Chinois, lorsque l’on fête son 60ème anniversaire, on se retrouve à nouveau sous le signe de sa naissance, d’où le symbole de la renaissance, la fin d’un cycle et le renouveau d’un autre, un nouveau départ en somme. Les Japonais appellent ça «kanreki».
Grand Seiko a donc fait plusieurs annonces matérialisant ce nouveau départ et je pense qu’une montre en particulier illustre la nouvelle dynamique qui anime Grand Seiko: il s’agit de la SLGH002
Credit: Joe Kirk
Le nouveau calibre 9SA5
Fait assez exceptionnel en lui-même pour être souligné, Grand Seiko sort un calibre exclusif et entièrement nouveau: la calibre Hi Beat 9SA5.
Ne vous laissez pas méprendre par le nom, il s’agit bel et bien d’une base totalement nouvelle, chose qui n’était pas arrivé à Shizukuishi depuis 1998 et la naissance du 9S sous l’égide d’Akira Ohira, ce qui montre bien l’importance que revêt cette annonce.
Grand Seiko a dores et déjà annoncé qu’il s’agissait d’un calibre qui servira de base à d’autres évolutions par la suite, comme le 9S a évolué lui en diverses version (manuelle, GMT, Hi Beat etc).
Credit: Joe Kirk
Alors, qu’apporte ce nouveau mouvement?
La première chose qui saute au yeux, c’est l’esthétique. Là où le 9S était bien fait mais quelque peu austère dans ses versions de base, le 9SA vient répondre à une critique bien souvent faite à Grand Seiko: visuellement, le mouvement n’est pas aussi sexy que le reste de la montre. Et cela se comprend aisément, les décorations des mouvements n’ont jamais fait partie de l’ADN de Grand Seiko et durant toutes ses premières années de production, le 9S était caché sous un fond plein. Il n’était donc pas fait pour en mettre plein les yeux, mais pour être robuste et précis.
Le 9S65, désormais un grand classique
Le nouveau 9SA5
Ici, on voit clairement que Grand Seiko a produit un mouvement visuellement très beau avec des ponts symétrique et un pont traversant pour le balancier, ce qu’on n’avait pas vu depuis la 45GS de 1968. Ici en plus, le pont est ajustable en hauteur. Mais je trouve également que ce nouveau mouvement a un air très Européen avec un rotor qui m’évoque Lange & Sohne ou encore ces ponts qui ne sont pas sans rappeler Omega. On sent clairement que la marque s’est tournée vers l’Occident et s’adapte à sa nouvelle cible et je trouve ça intelligemment fait.
Je ne vous cache pas que j’ai été quelque peu déçu, lors de l’annonce de ce mouvement, que les tolérances chronométriques n’aient pas évolué. Mais finalement le standard Grand Seiko reste le même, de la même manière qu’il resta globalement le même lors de la renaissance de la marque en 1998. Et quand on connait l’humilité de Grand Seiko de ce côté-là, on sait qu’on n’a pas de soucis à se faire.
On peut également comparer ça au 9F: Seiko sait faire des quartz d’une précision de +/- 5 secondes par an depuis 1978 et le 9F n’a pas essayé de faire mieux de ce côté là, mais il a permis de proposer plus de fiabilité, de durabilité, d’innovations etc.
Ici, je trouve finalement qu’on est dans une optique semblable: la précision reste toujours aussi excellente, mais ce calibre amène de nouveaux arguments qui ne peuvent pas laisser insensible toute personne qui s’intéresse à la mécanique horlogère.
Ces évolutions peuvent être résumées en quatre points:
- une plus grande réserve de marche
un tout nouvel échappement à double impulsion
un nouveau couple balancier spiral
un train de rouage horizontal
Pour rappel, l’autre mouvement Hi Beat de Grand Seiko, le désormais classique 9S8x, propose une réserve de marche de 55h. Ici, la réserve de marche passe à 80h, soit près de trois jours et demi, une prouesse pour un mouvement à 36000 alternances !
Ceci est rendu possible par l’utilisation de deux barillets et du nouvel échappement.
Ce nouvel échappement semble très intéressant car il offre un avantage essentiel en horlogerie: moins de frottements. Et qui dit moins de frottements dit moins d’usure et une plus grande réserve de marche.
Il s’agit donc d’un échappement à double impulsion, l’une directe et l’autre indirecte, qui transmet l’énergie de manière plus efficace. Je ne permettrai pas de commenter sur la ressemblance ou non avec le Co-Axial d’Omega sans avoir eu de plus amples informations par un horloger. Il reste cependant important de noter qu’il s’agit, à ma connaissance, du seul échappement à double impulsion au monde qui batte à 36000 alternances par heure.
Cependant, un ami Japonais qui écrit pour WatchMediaOnline, spécialiste de technique horlogère, s’est penché en détail sur ce mouvement et m’a confié l’avoir trouvé vraiment révolutionnaire et clairement supérieur au Co-Axial.
Edit: après plusieurs discussions avec des amis amateurs de technique, il semblerait que cet échappement soit très proche de l’échappement Robin (1791) qui a déjà été amélioré par Audemars Piguet dans les années 2000. Ici, Grand Seiko améliore encore ce système, ce qui permet de limiter encore plus les frottements et également d’en faire un mouvement à 36000 alternances.
En quelques sortes il s’agit du meilleur des deux mondes entre un échappement à détente (peu de frictions) et un échappement à ancre (sécurité). Quant au Co-Axial, ce nouveau mouvement Grand Seiko le surpasse sur deux points essentiels: moins de frottements (ce qui était l’atout principal du Co-Axial) et un fonctionnement global plus simple, avec moins de pièces.
Tout ceci confirme l’inspiration Helvétique de ce mouvement mais comme toujours avec les Japonais, ils ne se contentent pas de reprendre ce qui existe, mais il l’intègrent pour l’améliorer.
D’autres questions restent encore en suspens pour l’instant, mais ces quelques points laissent déjà entrevoir l’excellence incontestable de ce nouveau mouvement 9SA5 !
Pour aller avec ce nouvel échappement, Grand Seiko a également développé un nouveau couple balancier spiral, avec un balancier à vis (ou balancier à inertie variable), une technologie utilisée depuis longtemps en Suisse, et un courbe terminale sur le spiral. Il s’agit d’une courbe unique (et donc pas Breguet ou autre) et idéale, obtenue après plus de 80 000 simulations.
Le but de cette courbe est de faire en sorte que le spiral se déploie (ou «respire») de manière parfaitement concentrique, sans quoi son centre de gravité se déplace, ce qui nuit à sa régularité.
Le but des vis quant à elles est de régler les oscillations du balancier de manière précise sans toucher au spiral, à l’image d’une patineuse artistique qui va tendre ou plier ses bras pour tourner plus ou moins vite sur elle-même.
Enfin, le train de rouage a été posé à plat, ce qui permet un gain de 15% d’épaisseur pour ce nouveau mouvement, répondant donc ainsi à une autre critique commune faite à Grand Seiko: l’épaisseur de ses montres.
Voilà, vous pouvez souffler, la partie technique est terminée !
Globalement, ce qu’il faut retenir c’est que Grand Seiko, avec ce nouveau mouvement, montre clairement une attention toute particulière à la demande occidentale pour des mouvements plus beaux et plus fins, mais continue d’innover et de moderniser ses calibres, comme ils ont toujours su le faire depuis 1960. Après tout, Grand Seiko reste synonyme de l’excellence horlogère à la Japonaise !
Un nouveau design très intéressant
Il y a beaucoup de choses à dire sur ce nouveau design et il m’a fallu du temps pour digérer toutes les informations.
La chose que j’aime le plus, c’est qu’on retrouve un parfait mélange de clins d’oeil au passé et de modernité, tout en restant dans une montre classique...mais pas trop.
Comme vous le savez déjà, l’essence de Grand Seiko a toujours été de faire la montre parfaite, une montre pour la vie de tous les jours, pratique, précise et lisible, des valeurs somme toute très pragmatiques.
Et ici, la première chose qui m’a sauté aux yeux, c’est la taille de l’aiguille des heures. Dès la première Grand Seiko de 1960, on retrouve une aiguille des heures plus large que celle des minutes afin d’augmenter la lisibilité. On retrouve également un relief au centre de l’aiguille, clin d’oeil élégant aux aiguilles dites «mountain» de la First.
Pour aller dans le sens de la lisibilité, on retrouve un autre détail ancré dans le design de GS: un index de 12h doublé.
Ces deux détails, omniprésents dans l’esthétique de GS, sont ici exagérés, ce qui déplaira peut être à certains mais donne à cette montre un look plus affirmé et moderne.
Le cadran propose un autre clin d’oeil au passé, celui-ci plus évident: le logo Special Dial situé à 6h. Cette étoile à huit branches sera familière des amateurs de vintage et signe l’utilisation d’or massif pour les index. On le retrouve sur de nombreuses pièces haut de gamme des années 60 et il a fait son retour récemment sur les sublimes SBGZ001 et 003.
Le seul point négatif à mes yeux est la mention «80 hours» sur le cadran qui me semble superflue et manque d’élégance.
Regardez à partir de 5:02 pour les images de la SLGH002
La Grammaire du Design exige également d’avoir un lunette biseautée afin de proposer des jeux de lumières intéressants. Ici aussi, ce détail est poussé à l’extrême avec cet angle très prononcé entre la partie inclinée polie et la partie supérieure brossée. Cette différence de finition entre les deux surfaces vient augmenter le contraste, détail qui n’avait jamais été réalisé jusqu’à présent sur une production de Morioka.
Il s’agit là d’une entorse à la Grammaire du Design, mais l’esprit global du style GS est respecté puisqu’on a droit ici à des jeux de lumière encore plus dramatiques que sur les lunettes habituelles entièrement polies.
La couronne quant à elle est légèrement encastrée, comme le veut la Grammaire du Design, et d’une taille généreuse, ce qui rejoint la côté «pratique» et simple d’utilisation que doit revêtir une Grand Seiko.
La première GS moderne de série, la SBGR001, avait vu la taille de sa couronne augmentée lors de l’amélioration de ce modèle au début des années 2000 et la facilité de manipulation de la couronne est un critère non négligeable dans la facilité d’utilisation d’une montre. Le genre de détail qui a toute son importance sur une GS !
Credit: CC Fan de WatchMediaOnline
Un autre point important à relever sur la couronne est son emplacement. Un effort a été fait pour la situer plus près du poignet, parfaitement au milieu de la hauteur du boitier, afin d’abaisser le centre de gravité de la montre et la rendre plus agréable au poignet (un autre avantage du nouveau calibre).
Credit: Horoguides.com
La forme des cornes est très élégante et bien qu’elle me semble peut être moins complexe que la 44GS moderne, elle présente un large triangle poli à l’intérieure des cornes, une forme complexe à réaliser d’après les maîtres polisseurs de Grand Seiko car sans une parfaite symétrie, l’équilibre tout entier de la montre est perdu. On retrouve également ce large chanfrein poli qui parcours toute la carrure de la boite, une signature des Grand Seiko modernes. La façon dont ce chanfrein vient rejoindre une petite facette parfaitement polie n’est pas sans me rappeler la 62GS.
De profil, la montre est également plus galbée que d’habitude pour parfaitement venir épouser le poignet, là où les modèles habituels ont plutôt des cornes inclinées et une carrure droite.
Boitier classique des SBGR, ici une SBGR085.
On distingue ici aisément à la fois la courbure plus continue du nouveau boitier, mais aussi le gain en épaisseur qu’offre le nouveau mouvement, pour un profil beaucoup plus élégant et équilibré.
Dans l’ensemble, on reconnait qu’il s’agit d’une Grand Seiko au premier coup d’oeil, mais pourtant, il s’agit clairement d’un nouveau design plus osé, plus marqué et je trouve que c’est là que réside le tour de force de ce modèle: tout comme pour le mouvement, on voit clairement que Grand Seiko réinvente ses codes pour s’adapter à sa nouvelle cible. Là où certains diront que GS force le trait et perd en subtilités et nuances, je vois un effort de rester fidèle à son ADN tout en rendant le message plus clair et lisible pour les occidentaux, en y rajoutant une touche de modernité.
Et c’est en ça que je trouve cette montre particulièrement intéressante et réussie. Elle est le symbole de cette renaissance voulue pour Grand Seiko qui n’est plus une marque domestique mais bien une marque globale, qui sait s’adapter à la demande et au marché, en restant fièrement ancrée dans son histoire et ses traditions tout en se réinventant et en se modernisant.
Alors que la production du Shizukuishi Watch Studio de Morioka a toujours été classique, dans la tradition de Grand Seiko, celle du Shinshu Watch Studio de Shiojiri (à qui ont doit les modèles équipés de 9F et 9R) a toujours représenté la modernité et l’innovation. Il est intéressant de voir que cette fois-ci, les équipes de Shizukuishi nous proposent une nouvelle dynamique avec un design plus engagé et je pense que nous allons voir des choses magnifiques en provenance directe d’Iwate dans les prochaines années.
Je parlais en introduction de la symbolique de kanreki, ce retour de 60 ans en arrière pour se projeter dans les 60 prochaines années. Cette montre en est la parfaite incarnation pour Grand Seiko: comme il y a 60 ans, le lion Grand Seiko a sorti les griffes et vient défier les Suisses.
Credit: @Masaharu.Me sur Insagram
Duel au Pôle Nord : Seiko VS Rolex
Naomi Uemura est un grand explorateur Japonais mais une de ses aventures au pôle Nord fut l’occasion involontaire de confronter Seiko à Rolex dans les conditions les plus extrêmes qui soient ! Retour sur une expédition hors du commun qui mêle aventure humaine et horlogerie.
Parmi les plongeuses emblématiques de Seiko, on retrouve la 6105-8110 aka Apocalypse Now ou Captain Willard par chez nous, mais surnommée la Naomi Uemura au Japon.
Bien qu'on la retrouve au poignet de Martin Sheen dans le film de FF Copola puisqu'elle a équipé de nombreux soldats Américains au Vietnam, au Japon elle est plus connue pour avoir longtemps accompagné un des plus grand explorateurs Japonais, Naomi Uemura.
Uemura était connu pour ses exploits en solo. Avant ses 30 ans, il avait fait le Kilimanjaro, le Mont Blanc, le Cervin et l'Aconcagua en solo. En 1970, il fait partie de la première expédition Japonaise au sommet de l'Everest. Il a également parcouru les 6000km de l'Amazonie seul sur un radeau.
Mais il est surtout connu pour être la première personne à rejoindre le Pôle Nord en solo en 1978.
Pour son expédition au sommet du monde en 1970, il porte une Seiko 6159-7000 sortie en 1968 avec son boitier monobloc et son calibre Hi Beat ajusté aux normes Grand Seiko.
Il traverse ensuite le Grand Nord Canadien avec ses chiens de traineaux en 1975 et 1976, ce qui lui vaut quelques expériences marquantes.
Un matin, il entend un ours fouiller dans ses affaires et manger une partie de sa nourriture. Le lendemain matin, Uemura était prêt et il abat le prédateur d'une balle à bout portant dans la tête. Plus tard, il se retrouve bloqué et à la dérive avec son traineau et ses chiens sur un morceau de glace qui s'est séparé de la banquise. Après une interminable attente, une petite passerelle de glace de moins d'un mètre de large se reforme et lui permet à lui et à ses chiens de continuer leur route de manière plus sereine.
Suite à ses exploits, il reçoit l'Explorer Award en 1976 et Rolex Japan lui offre une Explorer II.
Extrait d’un livre sur Naomi Uemura 1655
Et c'est là que les choses deviennent intéressantes...
Il part donc pour le Pôle Nord en 1978 avec la Rolex au poignet. Mais les températures polaires (au sens propre du terme) lui font craindre des engelures au niveau de la montre, qu'il porte sur son bracelet acier. Il la passe donc sur cuir mais la montre ne supporte pas les vibrations très fortes liées à ses déplacements en chien de traineau et le cuir ne tarde pas à lâcher. Il ne trouve pas d'autre solution que de porter la montre à sa taille mais sans la chaleur de son poignet et dans des températures extrêmes, les huiles du mouvement figent et la montre s'arrête.
Lors d'un ravitaillement, il rencontre Mr Sugawara de l'hebdomadaire Bunshun qui suit son périple et lui apporte du ravitaillement. Sugawara propose à Uemura d'échanger sa Rolex qui ne marche plus contre sa propre Seiko 6105...
Credit Fratello Watches
Sugawara repart avec la Rolex et il racontera plus tard qu'un fois revenue à température, la montre s'était remise à fonctionner sans soucis.
Credit Fratello Watches
De son côté, Uemura Naomi continue son périple à travers le Grand Nord.
Et à son poignet, la 6105 de Sugawara. Un jour de grand froid, la montre s'arrêtera momentanément mais le fait qu'elle soit portée sur un bracelet en caoutchouc réduit grandement le risque d'engelures et lui permet de la porter jusqu'à l'arrivée de ce périple incroyable.
Lors de son retour au Japon, Sugawara propose à Uemura de lui rendre sa Rolex, mais Uemura l'offre à Sugawara et il gardera finalement la 6105 encore de nombreuses années à son poignet.
Il perdra la vie en 1984 en redescendant le Mont McKinley.
Le sujet des engelures restera au coeur des préoccupation de Seiko pour ce type de montre et quelques années après, lors du développement de différents modèles dits "Landmaster" pour d'autres explorateurs ou en l'honneur de Uemura, Seiko utilisera des revêtements spéciaux et du titane pour éviter tout risque d'engelures lorsque la montre est portée à même la peau dans des conditions extrêmes.
Ces montres utiliseront d'ailleurs toutes la fonction GMT, à l'image de l'Explorer II de Uemura.
Naomi Uemura apparait d'ailleurs sur une pub Rolex pour sa GMT Master, probablement avant l'expédition de 78.
De manière assez ironique après coup, la pub finit sur ces mots:
"Quand je m'engage dans une aventure, je sais au plus profond de moi que je peux le faire. Quand j'ai choisi Rolex, j'ai su de la même manière que ma montre ne me laisserait pas tomber."
Loin de moi l'envie de relancer une énième et stupide guerre Rolex vs XXX, mais l'histoire et les aléas des aventures polaires de Uemura auront permis à Seiko de mener et remporter un beau duel contre la reine des montres d'aventurier, la fameuse Rolex Explorer II.
l s'agit là d'une des aventures de la belle histoire de Seiko et de ses nombreux exploits trop mal connus. Mais la 6105 est sûrement la plongeuse de Seiko qui aura connu le plus d'histoires extraordinaires aux poignets d'explorateurs, soldats américains et autres aventuriers de la fin du XXème siècle. Et c'est un réel honneur pour Seiko d'avoir réussi à battre la mythique Rolex Explorer sur son propre terrain !
Seiko a sorti l’an dernier une rééditions de plongeuses mythiques avec la SLA033 qui reprend très fidèlement la 6105-8110. Et 2020, ils sortent une version modernisée et plus abordable avec les SPB151 et 153.
Credit Fratello Watches
Pour un bel hommage en Français à ce grand explorateur, je vous conseille vivement cette lecture rapide:
http://transpolair.free.fr/explorateurs/uemura/uemura.htm
"La mémoire de Naomi Uemura [...] a ému, unanimement et profondément, non seulement le Japon, l' Alaska et tout le monde de l'exploration polaire, mais aussi le Groenland et particulièrement Thulé, où l'explorateur japonais avait résidé pendant une année, en 1977-1978, et que les Esquimaux polaires considéraient comme un frère de race et un ‘géant’. "
Du rififi à Bangkok: Seiko VS Omega
L’histoire des confrontations entre les industries horlogères Japonaise et Suisse est passionnante et je vous propose d’en découvrir un premier volet avec la lutte acharnée que se sont livré Omega et Seiko après les Jeux Olympiques de Tokyo de 1964, au sujet des Jeux Asiatiques de Bangkok.
Non, nous ne sommes plus en pleine guerre du Pacifique mais le 14 Août 1965 et la Gazette de Lausanne titre un article plutôt belliqueux.
Fort de son brillant succès lors des Jeux Olympiques de Tokyo en Octobre 1964, Seiko est devenu en moins de cinq ans un chronométreur sportif de haut vol, ses produits révolutionnaires pour l’époque leur ayant permis de remporter ce prestigieux contrat face à ses rivaux Suisses, à la tête desquels se trouve la manufacture Biennoise, Omega. C’est ainsi qu’après le succès des JO, Seiko soumet son dossier de candidature pour être chronométreur des Jeux Asiatiques de 1966, dont la cinquième édition doit se tenir à Bangkok en Décembre de cette année.
Seiko propose de mettre gratuitement à disposition, en plus des solutions de chronométrie, trois tableaux d’affichage électroniques géants d’une valeur de 250 000 Francs Suisses, avec un montant total des installations s’élevant à 500 000 CHF.
Les comité préparatoire de Bangkok ne reste pas insensible à cette proposition de Seiko survenue fin 1964, après les Jeux de Tokyo. Mais comme le révèle la Gazette de Lausanne, Omega a signé avec le comité un contrat d’exclusivité le 27 Avril 1964.
«Nous avons mis au point un matériel supérieur, sous différents aspects, à celui que notre société à utilisé pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Nous serions heureux de l’utiliser pour une épreuve internationale.» Voilà les dires d’un porte-parole de Seiko que cet article du 14 Août 1965 rapporte.
Avec d’un côté la proposition alléchante de Seiko qui vient de battre Omega pour le chronométrage des Jeux de Tokyo et de l’autre côté un contrat signé avec Omega avant les JO de 64 et le succès de Seiko dans cette entreprise, le comité Thaïlandais ouvre une sous-commission chargée de trouver un compromis.
Mais Oméga refuse d’entrée de partager l’évènement avec Seiko, considérant que cette solution «présenterait un recul certain de son prestige sur les marchés d’Extrême Orient», et propose d’autres solutions au comité, avec le soutien de la Fédération Horlogère.
Cinq jours plus tard, le 19 Août 1965, la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève publient tout les deux un article expliquant qu’Omega a également proposé sa candidature pour les Jeux de Mexico en 1968 dès Avril 64, en même temps que pour Bangkok, alors que Seiko ne l’a fait que fin 64, après la réussite des JO de Tokyo et en même temps que leur candidature pour Bangkok.
Quelques jours plus tard, Omega apprend que le comité d’organisation des Jeux de Mexico a décidé de leur confier le chronométrage de leurs épreuves.
Archives Omega - Credit Fratello Watches
C’est dans ce contexte tendu que la Fédération Horlogère Suisse fait passer son message au travers des deux journaux les plus importants de la Suisse Romande:
« Selon la Fédération Horlogère Suisse, la décision prise en faveur de l’industrie horlogère par le comité d’organisation mexicain est d’autant plus réjouissante qu’elle remet l’attribution du chronométrage sportif dans une perspective objective, c’est-à-dire fondée sur des critères purement techniques et sur la qualité des services proposés à l’exception de toute autre considération (contrairement à ce qui s’était produit lors des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964 où l’attribution du chronométrage sportif n’avait pas fait l’objet d’une mise au concours en bonne et due forme).
Toujours selon la Fédération Horlogère, l’attribution du chronométrage des Jeux Olympiques de Mexico à l’industrie horlogère Suisse, succédant à des décisions similaires prises en vue des épreuves sportives internationales de Brazzaville, de Winnipeg, de Kingston, de Kuala-Lumpur et de Montréal, confirme la suprématie acquise par l’industrie horlogère Suisse dans le domaine du chronométrage sportif et de la mesure des temps courts. »
Voici comment se conclue cet article à charge contre Seiko, survenant dans un contexte déjà électrique, qui sonne autant comme une attaque frontale et injustifiée de Seiko que comme une tentative de se rassurer sur la prétendue suprématie Suisse.
Il est toujours bon de rappeler que les propos tenus alors par la Fédération Horlogère sont totalement faux puisque comme cela a été raconté dans l’article « Comment Seiko est entré dans le club très fermé du chronométrage sportif», c’est bien la supériorité technique déployée par Seiko qui lui a valu le contrat de Tokyo 1964.
Le 30 Août 1965, L’impartial, journal de La Chaux-de-Fonds, consacre un article détaillé à la situation et nous apprend que l’histoire tourne à l’affaire diplomatique, puisque l’ambassadeur Thaïlandais en Suisse est convoqué au Département de politique fédérale après que le ministre des Affaires Étrangères Thaïlandais ait annoncé souhaiter donner la préférence à Seiko pour les Jeux Asiatiques. Quelques jours plus tard, c’est l’ambassadeur de Suisse à Bangkok qui est reçu par le Ministre des Affaires Étrangères pour lui présenter le contrat signé par Omega et l’informer qu’au besoin, la Suisse n’hésitera pas à faire appel à un tribunal d’arbitrage international.
Mais les organisateurs des 5èmes Jeux Asiatiques ont pris leur décision et «ont finalement accepté les offres de la maison Japonaise qui étaient de loin plus avantageuses» précise tout de même l’article.
Après la Fédération Horlogère, c’est cette fois-ci Omega qui adresse directement son message au travers de cet article, arguant que Seiko a obtenu ce contrat grâce à son influence économique dans l’Asie du Sud-Est et dénonce «les méthodes de dumping Japonaises», raison de la mise en jeu d’une instance d’arbitrage international.
L’article se conclut sur la critique des soit-disant «méthodes Japonaises plus que douteuses» alors que celui-ci s’ouvrait sur une offre Japonaise plus avantageuse.
Malgré les différentes invectives et menaces, un autre article dans l’Impartial publié en Décembre 1965 sur le combat horloger que se livre la Suisse et le Japon en Asie nous confirme qu’Omega a tout de même fait des contre-propositions en essayant de s’aligner sur l’offre de Seiko, mais visiblement sans succès.
Puis le 4 Mars 1966, la Gazette de Lausanne titre en gros, dans sa partie économique et financière, «Au profit d’une société horlogère Japonaise, Omega est privé du chronométrage des 5èmes Jeux de Bangkok» alors que le journal de Genève réserve un petit encart dans sa page de politique internationale avec le titre discret «Vème Jeux asiatiques de Bangkok, Le chronométrage unilatéralement retiré à une maison Suisse». L’Impartial titre en gros, dans sa chronique horlogère, «Grave éviction au profit du Japon» alors que L’Express annonce que «Le chronométrage des 5èmes Jeux Asiatiques de Bangkok est unilatéralement retiré à une maison Suisse par les organisateurs».
Les articles expliquent que le 2 Mars 1966, la décision finale d’attribuer les Jeux Asiatiques à Seiko a été prise par ses organisateurs... suite au refus d’Omega de partager le chronométrage avec Seiko !
Donc malgré les contre-propositions d’Omega et la proposition de partager l’évènement avec Seiko, malgré les menaces d’arbitrage international, ce sera bien Seiko qui sera en charge de déployer ses nouveautés technologiques et ses solutions de chronométrages pour les 5èmes Jeux Asiatiques, grâce à l’offre plus avantageuse dont il était déjà question plusieurs mois plus tôt.
Tout est prétexte à justifier la réaction d’Omega: Seiko joue la surenchère et le dumping, on fait appel à «l’esprit Olympique», on explique que le chronométrage des épreuves internationales est trop complexe pour être partagé, que le partage de l’évènement avec Seiko n’offre aucune «assurance technique» à Omega, on critique Seiko pour avoir mis la Thaïlande dans l’embarras et on va même jusqu’à dire que les considérations d’ordre technique, juridiques ou d’équité n’ont pas été prises en compte par les organisateurs !
La faute est rejetée aussi bien sur Seiko que sur les organisateurs, mais il n’est à aucun moment question de remettre en cause Omega et ses contre-propositions insuffisantes, qui visiblement ne permettent pas à la manufacture Biennoise de s’aligner avec les propositions de la manufacture Tokyoïte.
M Rajamani, 400m femmes
Les Jeux de Bangkok se dérouleront à merveille, avec deux modèles de montres bracelet vendues spécialement pour l’occasion avec le logo des Jeux gravé sur le fond de boîte, et de nombreux autres produits dérivés. Seiko restera chronométreur des Jeux Asiatiques jusqu’en 1994, chronométrant des dizaines d’autres grandes compétitions internationales.
Credit: Cedlamontre sur montrespourtous.org
Credit: badaxjava sur WatchUSeek
Credit : OLD MAN Secret vintage watches sur Facebook
Ce conflit qui aura vu s’affronter Seiko et Omega à la fin des années 60 est également une nouvelle occasion de voir comment la presse Suisse traitait les sujets horlogers touchant au Japon. Seuls les articles écrits par des personnes ayant vu de près l’organisation de l’industrie horlogère Japonaise mettent en garde sur les réelles menaces que représente la concurrence Nippone (comme c’est le cas dans l’article “L’horlogerie Suisse a t-elle perdue une bataille?”).
Au-delà du silence assourdissant sur les innovations Japonaises, le reste est constitué dans sa quasi totalité d’articles au mieux dénigrants, au pire faux sur Seiko et l’industrie Japonaise. Un autre exemple frappant de ce traitement médiatique biaisé est celui de la supposée affaire d’espionnage industriel qui verra à nouveau la Suisse tenter de mettre à mal l’industrie Japonaise au début des années 70, encore une fois sans succès... Mais c’est une histoire pour un autre jour !
Voici des extraits de publications internes à Seiko au sujet des Jeux Asiatiques de Bangkok. Une immense merci à Anthony Kable du site Plus9Time pour cette précieuse documentation !
Seiko Sales 11 et 12 de 1966 (faire défiler)
Journal interne de Suwa Seikosha, 1966
Journal interne de Suwa Seikosha, 1967 (faire défiler)
[Documentation] L'arbre généalogique Seiko
Je vous propose ici un document unique en son genre, un “arbre généalogique” des différents mouvements mécaniques pour hommes développés par Seiko de la fin des années 50 à nos jours.
Il est parfois difficile de s’y retrouver dans la multitude des références qui ont existé dans l’histoire de Seiko, d’autant plus que les publications en Français sur le sujet sont quasiment inexistantes.
C’est pour cette raison que j’ai souhaité traduire un excellent diagramme qui se trouve dans le livre “Domestic Watch - Seiko Crown, Cronos, Marvel” de Yoshio Nagao & Yoshihiko Honda. Ce diagramme est une sorte d’arbre généalogique de tous les mouvements à remontage manuel de l’ère moderne de Seiko, des années 50 aux années 70.
Après l’avoir traduit, je me suis dit qu’il serait peut être intéressant de rajouter quelques mouvements automatiques qui ont clairement été l’évolution de mouvements manuels déjà présents sur l’arbre, donc autant en profiter. Puis les choses se sont accélérées et j’ai essayé de faire l’arbre le plus complet possible, depuis la Marvel (1956) jusqu’à aujourd’hui, en me concentrant uniquement sur les mouvements mécaniques.
Ce travail n’aurait évidemment jamais été possible sans les précieuses informations trouvée dans le livre de Honda san et Nagao san, ainsi que dans un autre livre de la même collection, “Domestic Watch – Seiko Automatic Updated Volume” par Mori Takeshi.
Ce diagramme méritera d’être peaufiné, corrigé, complété, mais cette première version couvre déjà la quasi totalité des mouvements mécaniques ayant existé. Certains mouvements n’ont pas été détaillés dans toutes les déclinaisons existantes, comme le 4S par exemple.
Une des difficultés réside dans le fait que Seiko ait changé de nomenclature pour les mouvements au début des années 60 en passant de 3 chiffres à 4 chiffres. D’autre part, à cette époque un mouvement correspondait à une gamme/un nom particulier (par exemple le cal.603 est exclusif à la Seikomatic), mais avec le temps, un même mouvement a fini par se retrouver dans différentes gamme et une même gamme peut utiliser plusieurs types de mouvements différents. Vous retrouverez donc à la fois des noms propres (Marvel, Cronos, Skyliner etc) et des références de mouvements (cal. 6216, cal. 76 etc) ou des mix des deux (Diver’s 6105).
J’espère que ce gros travail de recherche, traduction et mise en forme servira aux plus férus de vintage, ou au moins permettra de comprendre d’où viennent certains mouvements modernes aux curieux.
Bonne lecture !
L'horlogerie Suisse a-t-elle perdu une bataille?
« Il y a dix ans, la concurrence des produits Japonais n’était pas prise au sérieux. Seuls quelques producteurs avisés s’inquiétaient déjà, notamment aux Etats-Unis, en Allemagne et en Suisse. Mais le public haussait les épaules. Il “gobait” toutes les “histoires” des revendeurs; le Japonais copient, ils n’inventent rien, leur marchandise est de mauvaise qualité, etc. Depuis lors, cependant, devant les succès commerciaux de l’industrie Nippone - tant dans l’horlogerie que dans l’électronique, l’électro-ménager, la machine-outil ou l’optique - l’opinion publique prend conscience du défi Japonais. Longtemps endormi par les ragots, l’Occident se réveille, tout tremblotant. Ignorant hier la menace, il tent aujourd’hui de la parer. Nous n’examinerons ici qu’un volet du problème qui intéresse plus particulièrement les Suisses: l’horlogerie. »
En poursuivant mes travaux de recherche sur Seiko, je suis tombé sur cet excellent article dans le Journal de Genève datant... du 19 Juin 1968 !! Et pourtant, en lisant cette introduction, on ne s'attendrait pas à un article qui remonte d'aussi loin !
https://www.letempsarchives.ch/page/JDG_1968_06_19/9/article/8102630/seiko
Je dois bien dire que cet article dénote beaucoup dans la manière dont la presse Suisse a traité Seiko ces 50 dernières années, mais avec le recul et les données économiques/techniques/historiques à notre portée aujourd'hui, il est indéniable que l'auteur faisait ici preuve d'une très grande clairvoyance !
En effet, les années 60 ont été la décennie la plus marquante de l'histoire de Seiko avec la naissance de Grand Seiko, la victoire technique sur Omega et Longines pour chronométrer les JO de 1964 à Tokyo (pour ceux que ça intéresse, ça se passe par ici), une bataille acharnée avec Omega pour les Jeux Asiatiques de 1966 (article en cours d'écriture), la sortie de trois excellents calibres Hi-Beat en 1968 (manuel, auto et femme).
Mais quelques mois avant la sortie de cet article, Seiko faisait surtout un tabac aux Concours de Chronométrie de Neuchatel et de Genève, un évènement décisif dans l'histoire de ces concours ayant débuté en 1872, puisqu'il s'arrêteront tout bonnement suite aux prouesses techniques des Japonais. En 1969, Seiko commercialise également les Grand Seiko VFA (pour Very Fine Adjusted), des montres avec une marche comprise entre +/- 2 secondes par jour ! Mais comme cela ne suffit pas, Seiko commercialise également en Mai 1969 le tout premier chronographe automatique au monde, puis quelques mois plus tard la toute première montre à quartz au monde.
"The rest is history" comme disent les anglophones, les années 70 seront le signe de la crise horlogère Suisse, surnommée à tort la crise du quartz. Mais il ne s'agira en fait que de ce que cet excellent article avait vu venir: la supériorité du modèle industriel Japonais sculpté par Seiko sur un modèle industriel Suisse dépassé. À ce sujet, lisez l'excellent article de Pierre-Yves Donzé si ça n'est pas encore fait !!
"Techniquement l'égal des Suisses", "à l'avant-garde sur le plan commercial", "les Suisses ont-il râté le coche?", l'auteur n'épargne pas les industriel Suisses mais son cri d'alerte n'a probablement jamais été entendu...
Aujourd'hui, le titre de cet article semble évident, il s'agit presque même d'une question rhétorique. Les années 60 et 70 ont été marquées par un ensemble de victoires Nippones dans le monde de l'horlogerie qui aura façonné l'histoire de celui-ci de manière indélébile.
Après presque un demi siècle, Seiko et Grand Seiko reviennent sur le devant de la scène avec la même ambition qu'ils ont affiché dans les années 60: tout faire pour battre les Suisses à leur propre jeu. Après des changements importants opérés ces dernières années aux Etats-Unis, ça va être maintenant vers l'Europe que va se tourner le géant Japonais...
L'horlogerie Nippone remportera-t-elle à nouveau la prochaine bataille?